nos Coups de Coeur

Terrorisme : dire stop aux voyages en famille ?

Pourquoi j'ai (pas) arrêté de voyager à cause du terrorisme 

 

Avant d’avoir des enfants, je n’avais pas souvent peur. 

A 18 ans, je partais seule, sans un centime en poche, me confronter à la vie en Angleterre. Avant de pouvoir trouver un emploi et me loger par mes propres moyens, j’ai suivi des gens rencontrés l’après-midi même, qui m’invitaient à dormir chez eux pour une nuit ou deux.
A 19 ans, deux mois après l’attentat du temple d’Hatchepsout à Louxor qui avait tué 58 touristes, je me rendais… à Louxor. Aucune revendication militante dans cette visite qui était prévue de longue date. Mais je me souviendrai longtemps du moment où l’avion fit un stop rapide à Louxor pour laisser descendre certains passagers, avant d’amener les autres à Charm el Cheikh, son terminus. Je me suis levée, en pensant qu’une bonne partie des voyageurs en ferait autant. Au lieu de quoi, 199 paires d’yeux se sont posées sur moi (200-1, la mienne). J’étais la seule à descendre ici, et je sentais bien dans les regards mi-étonnés, mi-désaprobateurs, que les gens se demandaient si j’avais bien conscience de ce que j’étais en train de faire (ah ces jeunes).

Je me posais peu de question de cet ordre. Je me sentais invincible. Entre confiance absolue dans la vie, soif d’expériences et insouciance.


Depuis 7 ans que je suis maman, je me découvre bien plus inquiète. J’ai pris conscience que je ne prends plus les risques que pour moi-même. A chaque fois, j’emmène dans mes bagages des petits bouts d'innocence. Des petits êtres qui me font une confiance absolue, me suivent n’importe où les yeux fermés, mais à qui j’ai le devoir d’assurer sécurité physique et psychologique.

Est-ce alors de l’inconscience ET de l’égoïsme de vouloir continuer à voyager en famille avec le terrorisme qui concerne maintenant tous les pays sans distinction aucune ? J’en suis parfois là dans ma tête, coincée entre ma passion du voyage, mes responsabilités de parents, les mots « attentats » et « kamikazes », et, il faut bien le dire, les remarques angoissées de mes proches.

Mon week-end à Bruxelles début avril (quelques jours après les attentats), m’a décidé à repenser sérieusement à cette équation : c’était le moment de prendre le temps de me faire MA PROPRE religion à ce sujet. Je ne voulais pas continuer à voyager comme avant, juste parce que « ça serait embêtant pour une fille qui a un blog voyage en famille, de ne plus voyager avec ses enfants ». Voici quelques unes de mes réflexions...

La première, c’est que le terrorisme, les attentats et la guerre se sont invités chez nous, qu’on le veuille ou non. Combien de fois nos enfants ont-ils été en contact avec le mot « terrorisme » depuis le 7 janvier 2015 et les attentats de Charlie Hebdo ? C’était il y a 1 an ½ et c’est une éternité pour des enfants de leur âge. Ma fille ne supporte plus d’entendre ce mot à la radio : « j’en ai marre des terroristes » m’a-t-elle confié dernièrement. Le terrorisme fait désormais partie de nos vies comme il fait (et fera) partie de celles de nos enfants.



Sur la place de la Bourse à Bruxelles, lieu de commémoration citoyenne après les attentats...


Incapable de pouvoir régler à moi seule ce problème, il y a pourtant bien quelque chose que je peux faire à mon échelle : donner à mes enfants les clés pour savoir quelle attitude adopter face à cette violence, leur donner des débuts de réponse pour savoir comment vivre avec. C’est là que le voyage rentre en jeu, et constitue (une fois de plus), un outil pédagogique très intéressant. C’est en effet maintenant et plus que jamais que je veux montrer à mes enfants à quel point le monde est beau, à quel point l’ouverture aux autres est une source de bonheur absolu, à quel point nous sommes tous semblables sur cette planète et que ce n’est qu’une poignée de fous minoritaires qui sèment la terreur auprès du plus grand nombre. En continuant de partir voyager en famille, je souhaite leur montrer l’exemple, leur apprendre à ne pas avoir peur, et à continuer d’y croire, toujours.

La deuxième, c’est que, malheureusement pour les victimes et leurs proches, et heureusement pour les autres, la probabilité d’être touché physiquement par un attentat reste très faible (dans les pays qui ne sont pas en « guerre » bien entendu). Deux copines à moi se trouvaient à Istanbul le jour de l’attentat, mais pas dans le quartier où la bombe a explosé. On a beau se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment, encore faut-il se trouver au très mauvais endroit, au très mauvais moment.

Ces dernières années, j’ai côtoyé de près la "mort possible" de certains proches. Je sais trop bien à quel point la vie peut déraper à n’importe quel moment. La différence entre un accident, une maladie grave et un attentat, c’est que depuis tout petit, nous avons appris à « oublier » au quotidien les risques des deux premiers, à faire avec, pour que la vie ne soit pas insoutenable. L'attentat est quant à lui une nouvelle peur qu’il va falloir apprendre à apprivoiser au même titre que les autres. La crainte et le repli sur soi à long terme ne sont pas viables.



C'est maintenant qu'il faut montrer aux enfants à quel point le monde est beau, et l'ouverture une source de bonheur abosolu.


Ce qui m’amène à ma troisième conclusion : pour vivre heureux, faut-il vivre caché ? Quand on voit que le terrorisme frappe nos concitoyens, nos villes et nos proches voisins européens, on se rend bien compte qu’il est illusoire de croire que l’on peut se protéger de cette violence . Le risque, c’est qu’à vouloir vivre caché, on oublie tout simplement de vivre. Alors vivons ! Et voyageons avec nos enfants ! Faisons ce que nous sommes obligés de faire depuis que nous sommes nés : profiter de la vie sans savoir de quoi demain sera fait.


(Il est vrai cependant que depuis ce début d’année, je souhaite profiter de choses simples, proches de chez moi. Avec les attentats, je sans que mon pays est meurtri. Cela m’a donné, plus que jamais, envie de le chérir et donc aussi de mieux le connaître. Bref, de lui accorder toute l’attention qu’il mérite, ce que j’ai parfois oublié de faire, trop occupée à aller voir ailleurs.)


Ces quelques réflexions sont personnelles, et n’ont pas la prétention d’énoncer une ligne de conduite à d'autres que moi. Comme le dit Adeline du blog Voyages Etc. dans son article consacré à ce sujet, c’est à chacun de « mesurer les risques pour soi et pour son entourage ». Mais pour ma part, maintenant, j’en suis certaine. Je m’arrêterai de voyager en famille avec mes enfants. Oui. Le jour où ils seront suffisamment grands pour avoir envie de le faire seul.


Posez vos questions, je vous réponds !

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7 Commentaires Ajouter le votre
KidsTrotters.be - le 29 avril 2016 Répondre

Comme ton article me parle... Moi qui ai annulé notre voyage à Chypre à Pâques avec les Kids car j'avais vraiment besoin qu'on se retrouve entre nous entre nos 4 murs à la maison... mais qui finalement suis impatiente de partir cet été, car voyager, c'est vivre et continuer à voyager, c'est continuer à vivre!
Je vous souhaite de très beaux voyages!

Héma pose ses valises - le 29 avril 2016 Répondre

Je te suis complètement dans ta réflexion. Je ne suis pas maman mais je vis déjà loin de mes proches qui sont de l'autre côté du globe. C'est important de continuer à vivre et le voyage en fait clairement parti pour moi :)

Bonne journée,

Le Bar à Voyages - le 29 avril 2016 Répondre

Super article, on adhère à 200% :-). Voyager encore plus est la meilleure réponse que l'on puisse donner au terrorisme !

aunomi - le 17 mai 2016 Répondre

Merci pour cet article sincère et plein de bon sens... Je reviens justement d'un voyage en famille de 2 semaines en Guadeloupe et je dois avouer qu'au moment de prendre mes billets mon entourage était plutôt inquiet à cause de Zika ! Il y a toujours des tas de raisons pour ne pas voyager : risque d'accidents d'avion, cyclone, maladies, enlèvements, criminalité et maintenant terrorisme... Vis à vis du terrorisme, étant parisienne j'ai pourtant le sentiment d'être davantage une cible dans ma ville et depuis 1 an 1/2 je crois bien que je commence à intégrer ce risque et à moins y songer. Pour ce qui concerne les voyages avec les enfants je te rejoins complètement sur le fait qu'il est important de leur faire découvrir les autres cultures, mais aussi notre planète dans sa diversité pour qu'ils aient cette ouverture aux autres, cette simplicité dans les échanges, ce respect des autres et cette envie de protéger leur Terre.
Bref vive les voyages !

Virginie - le 06 juillet 2016 Répondre

Quel article ... j'en ai les larmes aux yeux ...
Moi qui ai peur de tout mais qui suis pourtant une passionnée de voyages ... je rejoins tes idées !
Je me suis renfermée ces derniers mois croyant protéger mes enfants et au final la vie est devenue terne et triste ..
A quoi bon? Vivons comme tu le dis si bien et faisons découvrir la beauté du monde à nos enfants!

Merci pour cet article ... merci pour ce site ...

Caroline - le 07 juillet 2016 Répondre

Ton mail me touche beaucoup... il n'y a pas de mauvais moment pour se lancer, chacun fait comme il peut avec ses angoisses... après c'est vrai aussi que la vie est courte, très courte. De notre côté, nous avons expérimenté les maladies graves, et cela donne l'énergie de tout faire à 100% !
A bientôt et encore merci de tes mots doux !

beatrice Gabriot - le 11 octobre 2016 Répondre

très bel article, que je partage entièrement !
continuons à aimer la vie, découvrir le monde
amicalement

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